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ARCHIPELS Le blog de Michel Borla

Textes, poèmes

DEPART

Publié le 20 Octobre 2024 par Michel Borla

Comme d’une gare vide
Ou d’une fête hostile
Ils partent tous
Certains en criant
D'autres en silence muré
Par un jour de pluie
Ou de soleil
Par une nuit de cesse
Même
Ils se préparent
Parfois sans se connaître
En ordre dispersé
J'ai beau me retourner
Appeler : assemblez-vous !
Nous restons !
À perte
Je suis devant
Il n'y a qu'un sillon

2024

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DERNIER RECOURS

Publié le 13 Octobre 2024 par Michel Borla

Envisager la nuit
Après tout
Dernier recours
Contre le ciel à vif
Le col trop serré
Par cette chaleur
La parole coupée
En gouttes fines
Crachées au vent
La place déjà prise
Les meubles de chêne
Poussés contre ma poitrine
Vaisselier prêt à dévaler
Les escaliers
Entre autres
Et la lumière cassée
Depuis longtemps

 

Juillet 2024

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AUTOMNE

Publié le 29 Septembre 2024 par Michel Borla

J'attendais autre chose de l'automne
Que ces molles pensées
Ces au revoir qui n'en finissent pas
J'attendais autre chose
Que ce faux regain
Qui ne mène à  rien
Cet or du soir qui n'est là
Que pour nous faire croire
Qu'il n'est pas encore l'heure
Pas encore trop tard
J'attendais autre chose
Que la  promesse vague
D’une terre encore tiède
Et déjà indifférente à notre suspens
Ces éclats de lumière pâle
Que l'on nous jette
Comme pour nous dire
Que nous n'aurons pas froid
Devant le tableau noir
Et les grappes acides
Gâtées depuis longtemps
J'attendais oui
Autre chose que le début de l'éternelle attente
De ce qui de toute manière arrivera

 

Mais viens quand-même

 

Feignons comme tous de trouver quelque chose
Au fond de nos verres
Feignons d'oublier que nous avons connu
L'été

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AOÛT

Publié le 21 Septembre 2024 par Michel Borla

AOÛT

 

 

Je devrais être sur la place
A cette heure
En train d'acheter des fruits

 

Je devrais être en train
De dessiner des fleurs

 

Sur la terrasse
Avant la chaleur

 

Je devrais être en train
De chercher mon chemin
Entre les chênes ras

 

Depuis le temps

 

Je devrais être en train
De nager
Là-haut dans les launes

 

Je devrais être en train
De cligner des yeux au soleil

 

Déjà

 

Je devais être en train
De m'endormir
Sur mon bouquin

 

A cette heure

 

Je devrais être en train
De manger la pêche
Achetée ce matin

 

Je devrais être en train
De changer les draps

 

Je devrais être en train
De pétrir la pâte

 

En train de repeindre
le mur d'en bas

 

 

Je devrais être en train
De regarder la carte

 

 

Je devrais être en train
De fermer portes et fenêtres

 

 

 

Je devrais être en train
Pour la côte

 

 

 

À cette heure

 

 

 

Je devrais être

 

 

 

Loin

 

 

Août 2024

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PHARE

Publié le 9 Septembre 2024 par Michel Borla

PHARE

Qu'importe le temps qu'il fera
La ville où nous serons
Qu'importera
la hauteur des vagues
La profondeur des failles
Ou leur longueur
Qu'importera notre âge
La température idéale
Et l'eau sous les ponts
Qu'importe où en seront
Les roches coupantes
Les quartiers de lune
Derrière les nuages
Qu'importe
Ce que nous verrons
A marée basse
Au bout du ponton
Qu’importe
Le poison vert des algues
Nos visages
Ce qu'ils seront
Qu'importera tout cela
Quand nous serons
En route vers le phare

MAI 2024

 

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LE MAGASIN DE VETEMENTS

Publié le 25 Août 2024 par Michel Borla

Je ne sais pourquoi j’entre parfois dans le magasin de vêtements dans la rue en bas de chez moi.
Je ne suis pas particulièrement féru de laine mais l'endroit ne me déplaît pas autant que d’autres enseignes d’un abord pourtant plus séduisant.
On y croise des gens qui en connaissent un rayon sur
les saisons, les tailles et ce qu’il est bon de porter selon.
C’est un endroit sans risque, loin des aigreurs de la ville et judicieusement éclairé de surcroît.
Dans le magasin de vêtements il y a des endroits étranges dans lesquels on se dévêt en entendant des voix, de femme souvent.
Et puis on se regarde devant tout le monde comme si on était chez soi et il y aurait tous ces gens qui frottent du tissu entre leurs doigts au milieu des miroirs et des tablettes en formica.
Dans le magasin de vêtements, autant que je m'en souvienne, on ne vous gronde pas si vous dérangez un peu la pile parfaite des pulls coton.
On vous dit bonjour par surprise, un peu comme si on vous prenait la main dans le sac à malices alors qu'on ne cherche qu'à  vous aider dans ce labyrinthe étonnant.
On vous parle gentiment et on vous guide au travers des étals difficiles, on vous aide à passer les miroirs, les étagères de cachemires et pantalons, des portes de plus en plus petites, de drôles de plafonds et des couloirs sans fenêtres dont je ne soupçonnais pas l’existence tout comme j’ignorais que le sol par endroits fût en pente.
Et je ne sais pourquoi je pense à ces piles de pulls coton qui s’effondrent en permanence, je ne sais pourquoi je pense à du coton dans lequel je m’enfonce, dans lequel je me fonds sans résistance.
Et je me dis que j’ai bien de la chance, chaque fois ou presque, de sortir vivant du magasin de vêtements.

Janvier 2024

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